Le tourisme international creuse les écarts entre visiteurs et visités, entre l’homme et l’environnement

Le Monde, 5 mars 2019
Publié le 5 mars 2019

Dans une tribune au Monde, le sociologue Bernard Duterme, directeur du Centre tricontinental d’étude sur le développement et les rapports Nord-Sud (Cetri), dénonce les méfaits du tourisme international, pourtant vanté chaque trimestre par l’OMT.

À chaque parution du baromètre trimestriel de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) un même refrain extasié s’impose, a critique, repris en chœur par monts et par vaux, comme s’il s’agissait de la chronique heureuse d’une marche assurée vers la prospérité universelle. Parée de toutes les vertus argentées, cohésives et douces du « développement durable », l’expansion touristique est « la » bonne nouvelle à répétition. Les voyages récréatifs se multiplient, les destinations rivalisent de bons plans, les hôtes se frottent les mains. Dans le meilleur des mondes.

Pourtant, l’OMT elle-même n’est pas dupe : le tourisme international crée certes des bénéfices, mais aussi d’importants coûts. Des coûts et des bénéfices économiques, sociaux, environnementaux, culturels, voire politiques, rarement bien répartis et dont la somme ne s’annule pas. Ainsi de son propre chef, l’agence onusienne appelle à « transformer le tourisme mondial et la manière dont il est pratiqué (…) pour le rendre socialement, économiquement et écologiquement durable ». Ce qui ressemble à un aveu qu’en l’état « son enfant chéri » ne l’est pas. Qu’il n’est ni équitable, ni profitable, ni soutenable.

Dans ses formes dominantes, le tourisme international tend à creuser les écarts, entre ceux qui en jouissent et ceux qui en pâtissent, entre les tour-opérateurs transnationaux et les acteurs locaux, entre les visiteurs et les visités, entre l’homme et l’environnement.

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