A Saint-Martin, le tourisme peine à repartir

AFP, le 3 mars 2018
Publié le 5 mars 2018

Le tourisme, principale activité économique de Saint-Martin, peine à redémarrer, six mois après l'ouragan Irma qui a dévasté la quasi-totalité des hôtels et restaurants de l'île mais les professionnels misent déjà sur la saison 2018-2019.

Sur le marché de Marigot, trois cars viennent d'arriver: l'effervescence s'empare des commerçants pour attirer les dizaines de touristes, souvent nord-américains, qui en descendent, venus des quelques bateaux de croisière amarrés du côté hollandais de l'île.

"Il n'y a plus que des touristes +à la journée+. Et, au maximum, trois bateaux par jour", se désole Mouche Bouvrais, qui tient un stand d'aquarelles. "On est à 10% de ce que ça devrait être", ajoute Nathalie Cotterelle, vendeuse d'artisanat local.

Les deux amies font partie d'un collectif qui a lancé une page Facebook pour faire revenir les touristes sur le marché. "Du côté hollandais, on leur disait +n'y allez pas, tout est détruit+, on a voulu rétablir la vérité", explique Mouche.

Comme elles, Carlo Costa, propriétaire du Yacht Club sur le front de mer à Marigot, estime que "tant que les hôtels n'ont pas rouvert, il n'y aura quasiment pas de touristes".

Il fait partie des quelques restaurateurs à avoir relancé leur activité. "J'ai pas attendu les assureurs, j'ai réinvesti beaucoup", explique-t-il. Si l'ouragan n'a pas trop détruit son restaurant, les pilleurs ont eux tout emporté, "frigos, bouteilles, tables, chaises".

Aujourd'hui, il s'en sort grâce à "la faible concurrence", à une clientèle locale mais aussi aux gendarmes venus en renfort après Irma et aux assureurs et experts.

Haut-lieu du tourisme, le quartier de Baie-Orientale (est), avec ses grandes plages aux eaux turquoises, fait toujours figure de paysage apocalyptique. La quasi-totalité des restaurants et hôtels dévastés n'ont pas rouvert, mais des travaux ont commencé.

"On n'a pas tiré un trait sur la saison, on a voulu être responsable", justifie le président de la collectivité Daniel Gibbs. Dans un territoire qui vit à 95% du tourisme, il fallait "dire le langage de la vérité": "nous avons été touchés, nous avons été blessés, nous nous relevons de nos cendres mais pour autant, cette reconstruction va prendre un an".

Mais "des restaurants, des magasins ont rouvert" ainsi que "certains hôtels", en partie ou complètement, ajoute-t-il, faisant "le pari qu'on aura 70% de notre offre hôtelière remise à niveau pour la haute saison 2018-2019".


"Reconstruction hors norme"

Selon Patrick Séguin, de l'association des hôteliers de Saint-Martin et propriétaire du Beach hôtel, détruit par Irma, 3 à 400 chambres d'hôtels sont actuellement disponibles sur l'île (sur 1.300 initialement). Mais peu pour les touristes.

"Moi, j'ai 80 chambres disponibles, mais je n'ai pas de réception, pas de service hôtelier, donc cela peut aller seulement pour une clientèle professionnelle". Selon lui, seul l'hôtel Mercure, à Baie Nettlé, accueille des touristes car "il a rouvert son restaurant et a remis sa piscine en marche".

Si la saison 2018-2019 reste "l'objectif", il n'est pas sûr de l'atteindre. Outre les délais liés aux assurances, "c'est une reconstruction hors norme par rapport à la capacité de l'île", dit-il, citant le volume de travaux à réaliser, les professionnels débordés, les matériaux à acheminer. "Au mieux, je pourrais commencer ma rénovation en octobre".

Les guest houses et autres Airbnb ont eux "déjà redémarré", car "plus faciles à restaurer", souligne le délégué interministériel à la reconstruction Philippe Gustin.

"Une grande partie de notre clientèle est fidélisée et souhaite revenir", assure Aïda Weinum, responsable du marché américain (65 à 75% de la clientèle) à l'office du tourisme, assurant que les pillages n'ont pas terni l'image de l'île.

"C'est très triste de voir tout ce qui a été dévasté", reconnait Sue, une touriste britannique, "mais on voit qu'ils font de leur mieux".

A l'inverse, Olivier et Brigitte, touristes parisiens qui avaient réservé leur séjour en mai dans un hôtel aujourd'hui détruit, sont "stupéfaits de voir les toitures non réparées, l'absence de déblaiement au bord des routes". Le couple a finalement passé ses vacances à Saint-Barth, moins dévastée.

 

Six mois après Irma, Saint-Martin se reconstruit lentement, avant une nouvelle saison cyclonique

Dévastée il y a six mois par Irma, l'île de Saint-Martin se reconstruit lentement, mais les stigmates de l'ouragan le plus puissant jamais connu aux Antilles restent bien visibles, à quelques mois d'une nouvelle saison cyclonique.

Dans cette île franco-hollandaise qui comptait quelque 35 000 habitants côté français avant l'ouragan (plusieurs milliers sont partis depuis), 11 personnes ont été tuées et 95% des bâtiments ont été touchés dans la nuit du 5 au 6 septembre, par des vents à plus de 350 km/h et des submersions de plusieurs mètres.

Alors que la ministre des Outre-mer Annick Girardin et celui de l'Action publique Gérald Darmanin se rendent dimanche et lundi sur place avec les secrétaires d'Etat Sébastien Lecornu et Julien Denormandie pour "un point d'étape", les nombreuses toitures arrachées recouvertes de bâches et les maisons endommagées témoignent encore de la puissance du cyclone.

Beaucoup de voitures roulent désormais sans parechocs, la carrosserie abîmée ou le pare-brise remplacé par une bâche en plastique. Sur le bord des routes, épaves, tôles et déchets en tout genre ravivent l'image de dévastation.

"Il est clair que lorsqu'on revient sur le territoire on voit encore beaucoup de bâches", admet le président de la collectivité Daniel Gibbs, estimant qu'il y en aura "jusqu'à la fin de l'année", date à laquelle tous espèrent voir le tourisme repartir, après une année blanche en raison des dégâts sur les infrastructures hôtelières.

Mais "Saint-Martin retrouve un peu des couleurs. Le travail a repris", assure-t-il.

La reconstruction a été freinée par le retard des assureurs pour les indemnisations, notamment en raison des difficultés pour les experts à se rendre dans l'île après Irma.

Il a fallu aussi attendre une nouvelle "carte des aléas climatiques" pour redéfinir les zones à risques, puis de nouvelles règles d'urbanisme pour "reconstruire différemment", souligne M. Gibbs, sur un territoire qui ne disposait pas de plan d'urbanisme.

"Il ne s'agit pas d'empêcher les gens de reconstruire, mais de sécuriser leur vie", insiste-t-il, faisant "une distinction entre le commercial (hôtels, restaurants, magasins) et l'habitation": "Il aurait été aberrant de ne pas pouvoir construire d'hôtels au bord du littoral, c'est ce qu'attendent les touristes" dans les Caraïbes. En cas de mauvais temps, ce sont des "lieux faciles à évacuer", dit-il.


impatience

"Le gros de la reconstruction commencera vraiment dans les semaines à venir", prévoit Philippe Gustin, délégué interministériel à la reconstruction, qui craint un secteur "en surchauffe". "Il faut s'assurer qu'en termes de matériaux, tout arrive en temps et en heure et il faut aussi avoir les bras pour mener ces chantiers correctement".

L'impatience est palpable chez certains sinistrés sans abri depuis l'ouragan, à l'image des 27 familles toujours hébergées dans une école de Marigot. "C'est nous qui souffrons, qui vivons les uns sur les autres, on ne peut pas rester comme ça", dénonce Sylvane Joinvil, une mère de famille.

"Nous sommes dans une recherche de solutions pour ces personnes", assure Daniel Gibbs. Mais il y a pénurie de logements sociaux, eux-même ravagés par Irma.

Le temps presse avec l'arrivée en juin de la nouvelle saison cyclonique, qui inquiète toute la population. "Je préfère mourir que vivre un autre ouragan comme Irma", témoigne Gaëtan Macaqui, un Guadeloupéen sinistré de 59 ans.

En cas de nouveau cyclone, "fragilisés par Irma, nous aurions de grands dégâts", souligne M. Gibbs.

"Il faut sécuriser le maximum d'habitations, ce qui suppose de ne pas faire n'importe quoi", renchérit Philippe Gustin. "Il faut s'assurer de remettre le clos et le couvert, c'est-à-dire les toits et les fenêtres, pour qu'il tiennent en cas de nouveau cyclone", mais aussi "identifier le maximum de sites où on pourra regrouper les gens en sécurité".

Autre priorité, la reconstruction ou la rénovation des bâtiments publics, comme l'hôpital, la préfecture ou les écoles, dont trois ne rouvriront pas, obligeant pour l'instant à des rotations de classes dans certains établissements.

La participation de l'Etat dans ces investissements sera finalisée le 12 à Paris, lors d'un comité interministériel très attendu.