Rapport d’information déposé en application de l’article 145 du règlement par la Commission des affaires économiques sur le tourisme

Assemblée nationale, 24 juillet 2019
Publié le 25 juillet 2019

La France bénéficie, par son histoire et sa géographie, d’une diversité inégalée de ressources, de paysages et de sites d’intérêt touristique. Le désir de découvrir la France est profondément inscrit dans l’imaginaire touristique. La diversité de l’offre française lui permet de n’être pas dépendante d’un seul type de clientèle, mais de conquérir des segments de marchés ciblés, des populations différentes. La France peut miser sur son offre culturelle, de loisir, sportive, sur le tourisme urbain et rural, le tourisme balnéaire ou encore le tourisme de montagne.

Elle séduit des visiteurs français, européens, ou venus d’horizons plus lointains, qui se rendent en France pour le tourisme d’agrément ou le tourisme d’affaires, et bien souvent les deux à la fois. Elle attire des clientèles à fort pouvoir d’achat, grâce à la renommée du secteur du luxe, mais également des clientèles plus modestes, grâce notamment à la vaste gamme de son offre d’hébergement.

Le tourisme est donc une chance pour la France. C’est également un secteur stratégique de l’économie française. Avec 7,2 % du PIB, le secteur représente plus de deux fois la part du secteur agricole. L’économie touristique contribue également de façon structurelle au rééquilibrage de la balance courante.

Pourtant, et c’est probablement là le plus grand paradoxe du tourisme en France, ce secteur tend souvent à être laissé de côté par les pouvoirs publics.

Or, le « laisser faire » ne suffira pas à maintenir notre place. La France s’est certes fixée pour objectif d’accueillir 100 millions de touristes d’ici 2020, et de lever 60 milliards d’euros de recettes. Mais au-delà de ces objectifs chiffrés, l’ambition politique pour le tourisme reste insuffisamment affirmée. La France tend en effet à se reposer de façon excessive sur son rang de première destination mondiale. Ces bons résultats véhiculent l’idée selon laquelle le tourisme en France « marche tout seul », sans qu’une stratégie politique forte n’ait nécessairement besoin d’être élaborée.

Or les défis sont aujourd’hui nombreux. En effet, et c’est un point qui figure au cœur de ce rapport, si la France est première destination en termes de fréquentation touristique, elle n’est que troisième en termes de recettes tirées de l’économie touristique. Ce décalage entre le nombre de touristes accueillis, et les recettes que notre pays parvient à en tirer est très ancien. Des marges de manœuvre considérables existent encore pour exploiter tout le potentiel du développement de l’offre touristique française. Ce rapport a vocation à présenter plusieurs leviers pour que la France puisse franchir une nouvelle marche du podium.

Alors que la croissance touristique des flux est en pleine progression au niveau mondial, la France peine à se positionner face aux destinations concurrentes, et perd des parts de marché. Dans ce contexte, il est aujourd’hui temps de définir les grandes lignes d’une stratégie pour le tourisme de demain.

La stratégie pour le tourisme de demain doit nous permettre d’envisager une croissance soutenable de ce secteur d’activité. C’est ce que vos rapporteurs entendent par l’idée d’un tourisme « en quête de sens ».

C’est d’abord en répondant aux aspirations des touristes pour un tourisme « de sens » que la France sera à même de construire une stratégie touristique véritablement compétitive. La France doit en effet miser sur les atouts d’une destination verte, et faire du tourisme durable une priorité. La question de la juste répartition des flux touristiques doit être placée au cœur de la stratégie pour le tourisme de demain. Elle répond à un double impératif : lutter contre la concentration excessive des touristes sur certaines zones délimitées, mais surtout, permettre aux territoires de tirer tout le potentiel qu’offre le développement de l’offre touristique pour le développement économique local.

Pour construire la stratégie touristique de demain, la France doit jouer sur les atouts qui peuvent lui permettre de se différencier et de gagner en compétitivité hors prix. C’est pour cela que vos apporteurs appellent au développement du tourisme « des sens ». La France a tout à gagner en misant sur la valorisation de l’offre touristique construite autour de « l’art de vivre » à la française. Ces atouts, qui ne peuvent être reproduits ailleurs, permettent en outre de valoriser une offre partout sur les territoires, et méritent donc d’être développés.

Enfin, vos rapporteurs ont identifié de nombreuses mesures « de bon sens », pour répondre aux grands défis auxquels l’économie touristique fait aujourd’hui face. Ils ont établi cinq grandes orientations pour que l’économie touristique de demain puisse gagner en compétitivité :

  • la France doit se donner les moyens de construire une vraie culture de l’accueil, du service, et de l’hospitalité. C’est une faiblesse française avérée qui pénalise aujourd’hui lourdement notre économie et le secteur touristique en particulier ;
  • la consommation touristique peut être encore davantage encouragée.
    Vos rapporteurs identifient ainsi plusieurs leviers pour que la France puisse augmenter les recettes tirées des flux touristiques. Il convient également de tirer parti des nouvelles façons de vendre des produits touristiques mises en œuvre par les opérateurs en ligne ;
  • la France doit également offrir aux professionnels du secteur de l’hébergement un cadre approprié pour financer le renouvellement d’un parc vieillissant, qui ne répond pas suffisamment aux nouvelles attentes des touristes ;
  • la connaissance des phénomènes touristiques doit être considérablement approfondie, pour renforcer la pertinence de l’offre par rapport aux évolutions de la demande ;
  • enfin, la gouvernance du tourisme aux échelles nationale et locales doit être profondément repensée, afin de donner une nouvelle impulsion politique pour le tourisme de demain et envoyer un signal fort aux acteurs du secteur.

Rapport d’information déposé en application de l’article 145 du règlement par la Commission des affaires économiques sur le tourisme