Compte-rendu de la réunion du Comité français pour le tourisme durable du 12 juin 2018

DGE, juillet 2018
Publié le 9 juillet 2018

Le principal sujet abordé lors de cette réunion a concerné la restitution des conclusions du rapport du Conseil Economique, social et environnemental (CESE) « Promouvoir le tourisme durable dans les Outre-mer ». La présentation a été réalisée par Mme Bouchot-Choisy suite aux travaux qu’elle a menés sur la situation du tourisme dans les Outre-mer en général et notamment le tourisme durable. Le deuxième sujet s’est articulé autour de l’actualité du Programme Cadre Décennal des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).

 

SOMMAIRE

 

 

Présentation des conclusions de la mission conduite sur le tourisme durable dans les Outre-mer par Mme Inès Bouchaut-Choisy

Madame Bouchot-Choisy, directrice du Comité du tourisme de Saint-Barthélémy a été chargée par le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) de mener une étude dédiée au tourisme en Outre-Mer. Le rapport réalisé suite aux audits menés auprès de tous les acteurs concernés (Etat, collectivités et acteurs du tourisme) a été présenté au CESE lors de la séance du 28 mars dernier.

 

Une évolution préoccupante

En préambule, Madame Bouchaut-Choisy a effectué un rapide état des lieux sur la problématique du tourisme dans les Outre-mer. Le tourisme y représente un poids économique et social essentiel, pouvant conférer au secteur un rôle d’entraînement sur l’ensemble des économies outre-mer.. Engagée dans les années 60, la progression du tourisme dans les Outre-mer s’est arrêtée au début des années 2000. Le secteur est depuis en régression, dans l’absolu et relativement par rapport à ses concurrents de proximité géographique.

En effet, outre l’impact des crises mondiales et éventuellement de crises locales, le modèle initial de développement, fondé sur un tourisme de masse à vocation balnéaire et exotique, est aujourd’hui dépassé.

Dans les années 1980-1990, le modèle du tourisme de masse était très compétitif et a connu une période de grande expansion, même si l’impact a été contrasté, étant fort dans les Antilles et le Pacifique, faible ailleurs. De nombreuses infrastructures hôtelières ont alors été réalisées grâce notamment à la défiscalisation. La présence des croisiéristes a représenté un appoint significatif, particulièrement aux Antilles. Cependant, cet apport est relatif : cette clientèle est souvent de passage et peu dépensière (certains passagers ne quittent même pas le paquebot).

Ce dynamisme a connu un coup d’arrêt  suite à de nombreuses crises: mouvements sociaux, catastrophes naturelles, crises sanitaires : le zika et la présence de sargasses aux Antilles, le chikungunya à la Réunion ainsi que les attaques de requin ont affaibli la fréquentation de ces destinations, ce qui a eu pour conséquence la fermeture de nombreux établissements.

De surcroît, une concurrence nouvelle est apparue, celle de destinations voisines moins chères, comme la République Dominicaine, Cuba, l’ile Maurice et Les Seychelles qui bénéficient de charges d’exploitation et de normes moins contraignantes. Celles-ci accueillent une clientèle internationale grâce à des prestations de grand standing, alors qu’en Outre-mer, 80 % de la clientèle vient de l’Hexagone. En second lieu, les structures hôtelières existantes ne sont plus adaptées aux attentes de la clientèle et sont concurrencées par la montée en puissance de l’hébergement particulier. Enfin, selon Mme Bouchaut-Choisy, l’absence d’indicateurs et d’un observatoire ne permettent pas de disposer d’informations fiables, alors que ces outils seraient très utiles pour recenser et aider à la prise de décision.

 

Une nouvelle orientation

Le tourisme dans les Outre-mer offre aujourd’hui une image restrictive : exotisme, soleil et mer, alors qu’il possède de nombreux atouts qui méritent d’être valorisés. Le modèle touristique actuel est à repenser pour dépasser son offre balnéaire classique, désormais obsolète.

Directement confrontés aux impacts du changement climatique, les Outre-mer doivent définir une nouvelle stratégie pour le tourisme : celle qui protégera leurs atouts et permettra de les valoriser.

L’activité touristique dans les Outre-mer est dégradée et certaines îles subissent déjà fortement les effets du changement climatique. En premier lieu, il devient urgent d’élaborer une stratégie pour limiter les conséquences de la surexploitation des activités touristiques (on remarque déjà la disparation de certaines plages et de coraux dans certains territoires). La prise en compte d’une meilleure gestion des déchets participerait à une meilleure protection de certains environnements déjà fragilisés.
En second lieu, il convient de développer une politique ambitieuse pour construire dans les Outre-mer des destinations de tourisme durable, en respectant l’identité de chaque territoire. Le tourisme ultramarin possède de nombreuses richesses qu’il convient de valoriser. Il existe par exemple trois sites en Outre-mer classés au patrimoine de l’Unesco : à la Réunion, en Polynésie et en Guadeloupe. La Martinique possède trois réserves naturelles, les eaux de Mayotte sont très poissonneuses. L’île, comme d’ailleurs la Guyane, sont des réceptacles exceptionnels de la biodiversité mondiale. Le développement de l’activité touristique devra donc se faire à travers une démarche de développement durable pour préserver la faune et la flore particulièrement riches dans ces territoires. 90 % de la biodiversité française se trouve dans ces territoires. D’autres richesses sont à exploiter : la gastronomie, au niveau culturel : la musique, les danses…


Les préconisations du CESE pour promouvoir un tourisme durable dans les Outre-mer
 

Mettre l’identité de chaque territoire au cœur de stratégies différenciées

L’identité de chaque territoire, sa biodiversité particulière doivent être au cœur de la stratégie pour le tourisme de chacun des territoires.

 

Volonté politique, participation des acteurs et dynamique collective

Le CESE préconise l’organisation de réunions au niveau interministériel sous l’égide du Premier ministre avec les ministres de l’Europe et des affaires étrangères, de la transition écologique et solidaire, de l’économie et des finances, des Outre-mer pour définir des objectifs pertinents et créer des contrats d’objectifs entre l’Etat et chaque collectivité en fonction de leurs compétences. Cette démarche pourrait avoir une déclinaison locale à travers des forums stratégiques du tourisme durable avec la participation d’élus, les chambres consulaires, des citoyens et tous les acteurs du tourisme.

Selon Mme Bouchaut-Choisy, un tourisme durable fort vers les destinations ultramarines nécessite la participation aussi bien des professionnels que de la population. Il convient de mettre en place de véritables écosystèmes : au niveau de la construction des établissements, en agissant sur la performance énergétique, dans le domaine du transport, prenant en compte une gestion plus efficace des énergies. L’organisation de campagnes de sensibilisation aux gestes durables dédiées aux populations locales susciterait leur totale adhésion à la transformation du tourisme de ces territoires.

 

Mettre en place des outils d’analyse et d’anticipation des flux touristiques

Selon le CESE, chaque territoire doit de se doter d’observatoires du tourisme permettant de mesurer le poids du tourisme  dans les économies locales et de développer une économie numérique dans ce secteur.

 

Mettre l’accent sur la formation

Le tourisme représente un important vivier d’emplois en outre-mer. Toutefois, ces emplois sont souvent sous-qualifiés, précaires et mal payés. Afin de proposer des emplois qualifiés et mieux rémunérés, cela passe par la création d’une mission chargée de clarifier les offres d’apprentissage et de formation et de centres de formation dédiés à l’ensemble des corps de métiers du tourisme, intégrant les problématiques du développement durable dans chaque territoire. L’Agence de l’Outre-Mer pour la Mobilité (LADOM) et Pôle emploi viendraient en soutien de ces initiatives et apporteraient leur expérience. Elles interviendraient  dans l’accompagnement des demandeurs d’emplois et des jeunes à travers la construction d’un parcours de formation professionnelle composé dans certains cas de cursus de formation suivi dans l’Hexagone.

 

Impliquer les populations dans le développement durable grâce à la découverte de la biodiversité

L’Initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR) et le Museum national d’histoire naturelle (MNHN) gagneront à organiser des sessions d’information pédagogique pour les populations, les &lus et les acteurs du tourisme, en partenariat avec l’Agence française de la biodiversité et les collectivités territoriales.

 

Mettre en place les moyens financiers favorisant la transition

La transformation du tourisme ultramarin nécessite des mesures d’incitations et des financements spécifiques.
Selon le CESE, Atout-France, dans sa nouvelle configuration, pourrait mettre en en place des partenariats associant la Caisse des dépôts et consignations et la future Agence nationale des territoires pour accompagner les collectivités et les acteurs privés dans leurs projets en faveur du tourisme durable. L’autre mesure se traduirait par la bonification des taux d’aide à l’investissement sur la base de critères de développement durable. Ces dispositifs d’aide doivent s’accompagner d’un volet social soutenant l’emploi, le maintien de l’emploi et la formation professionnelle et continue. Une autre source de financement pourrait venir des entreprises de transports aérien et maritime qui assurent les liaisons vers les territoires d’outre-mer. Celle-ci se traduirait par une démarche d’incitation auprès des clients pour compenser le coût carbone de leurs voyages par un don à une association locale œuvrant pour la protection de l’environnement.

Le tourisme ultramarin possède d’importants atouts à valoriser et sa transition vers un tourisme durable nécessite la participation de tous les acteurs du tourisme, des élus, de l’Etat, mais aussi de moyens financiers pour une totale réussite.

 

Point sur le Programme Cadre Décennal du PNUE présenté par Svitlana Mikhalyeva

Le Programme du Tourisme Durable se concentrera en 2018 sur le sujet de l’économie circulaire. Dans ce cadre, une série de webinaires sera organisée sur le sujet. Deux webinaires ont déjà eu lieu en Avril et en Juin. Les vidéos de ces webinaires peuvent être consultés sur le site de l’OMT (UNWTO).

Par ailleurs, le bureau de coordination du programme, en collaboration avec les partenaires du programme, développera un papier de positionnement sur l’économie circulaire dans l’industrie du tourisme.

Les six programmes du réseau One Planet ont également pris la décision de collaborer afin de développer une série de podcasts sur l’économie circulaire. Le 18 Juillet 2018, l’événement sur "la circularité en tant qu’outil de la consommation et production durables" aura lieu à New York lors du Forum Politique du Haut Niveau. Cet événement est organisé par le Programme du Tourisme Durable en partenariat avec le Programme Bâtiments Durables du réseau One Planet.

---------------

La prochaine réunion se tiendra le 25 septembre 2018