« Il faudrait réserver le voyage à des expériences rares »

Le Monde, 6 juillet 2020
Publié le 7 juillet 2020

Le sociologue Rodolphe Christin pointe, dans un entretien au « Monde », les facteurs de résistance – économiques, culturels, sociaux – des acteurs de cette industrie qui ne souhaitent pas abandonner le modèle consumériste.

Sociologue et essayiste, Rodolphe Christin est l’auteur du Manuel de l’antitourisme (Ecosociété, 144 p., 2017) et de La vraie vie est ici. Voyager encore ? (Ecosociété, 136 p., 2020).

En quoi le tourisme s’est-il selon vous dévoyé ?

Rodolphe Christin : Un processus nous a fait passer du tourisme social, qui avait une dimension d’élévation de soi par la découverte d’autres horizons, au tourisme comme acte de consommation de masse. Cette logique a transformé des lieux touristiques en galeries commerciales. De l’hédonisme du déplacement, nous avons été convertis à une logique de consommation tous azimuts.

La transformation du tourisme en prestation de service tue l’exotisme, provoque un aménagement du territoire extrêmement serré, si bien que cela rend les lieux touristiques invivables pour les autochtones : hausse du coût de la vie, nuisances durant la haute saison, etc.

Cette pause forcée du tourisme peut-elle être un point de bascule pour l’industrie ?

Je n’en ai pas l’espoir. Tout est fait pour que cela reparte comme avant, même s’il y a une récupération de la critique touristique par les opérateurs : ils tentent de déculpabiliser les gens en disant qu’ils vont arrêter de détruire l’environnement.

« Il faudrait réserver le voyage à des expériences rares »