Assemblée nationale : Avis présenté par M. Eric Straumann sur l'action extérieure de l’État en matière de tourisme

Assemblée nationale, Eric Straumann, novembre 2019
Publié le 21 novembre 2019

Le tourisme est un secteur stratégique de l’économie française. Il représente 7,2 % du PIB, soit deux fois la part du secteur agricole, ainsi que 2 millions d’emplois directs et indirects, 313 000 entreprises, dont une majorité de très petites entreprises (TPE) et des petites et moyennes entreprises (PME) qui participent au dynamisme des tissus économiques locaux.

L’économie touristique contribue de façon structurelle au rééquilibrage de la balance courante. L’excédent de la balance des services s’est accru en 2018 (23,8 Md€, après 20,2 Md€ en 2017), notamment sous l’effet de l’amélioration de nos recettes touristiques.

Avec plus de 90 millions de visiteurs internationaux accueillis en 2018, outre-mer inclus, la France a battu un nouveau record de fréquentation (+3 % par rapport à 2017 où l’on avait compté 86,9 millions de touristes) et demeure la première destination touristique mondiale. C’est une augmentation significative, bien que moindre que celle de 2017, année au cours de laquelle les flux des visiteurs étrangers avaient progressé de 5,1 %, soit la hausse la plus marquée depuis 10 ans, mais résultant en partie d’un phénomène de « rattrapage » consécutif aux attentats de novembre 2015 à Paris et juillet 2016 à Nice. Les bons chiffres de l’année 2018 témoignent du fait qu’au-delà de ces effets conjoncturels, la fréquentation touristique s’inscrit dans une dynamique de hausse durable. La France devance ainsi l’Espagne, qui a accueilli 82,8 millions de touristes internationaux, et les États-Unis, qui en ont reçu 80,1 millions. Les recettes du secteur augmentent de 6,5 % pour atteindre 55,5 milliards d’euros.

Les premiers chiffres disponibles pour l’année 2019 tendent à confirmer cette dynamique positive, malgré un premier trimestre marqué par les mouvements sociaux. Ceux-ci ont entraîné une baisse de fréquentation, qui a plus particulièrement touché l’Île-de-France et eu, au cours de l’hiver, des conséquences sur les stations de sport d’hiver. Un rapport publié par nos collègues Jean-René Cazeneuve et Roland Lescure indique que « le tourisme parisien est l’un des secteurs les plus touchés par les conséquences économiques du mouvement des gilets jaunes (…) la comparaison européenne des taux d’occupation hôteliers au premier trimestre 2019 est à cet égard significative : entre mars 2018 et mars 2019, Bruxelles et Madrid ont respectivement enregistré une hausse de 2,5 points et de 7,8 points de leurs taux d’occupation hôteliers. Sur la même période, le taux d’occupation parisien diminuait de 3,5 points, passant de 78,7 % à 75,2 % ». Au deuxième trimestre 2019, néanmoins, la fréquentation des hébergements collectifs touristiques en France métropolitaine, exprimée en nuitées, augmente de 3,5 % par rapport au deuxième trimestre 2018.

Dans ce contexte, l’objectif que s’est fixé la France d’accueillir 100 millions de touristes d’ici 2020, et de lever 60 milliards d’euros de recettes, paraît atteignable, à condition de déployer une politique volontariste permettant de pérenniser les résultats positifs, mais encore fragiles, des deux dernières années.

La France, néanmoins, ne semble pas se donner les moyens de ces ambitions. L’architecture budgétaire qui est la nôtre en témoigne : hors dépenses fiscales, l’effort global de l’État peut être évalué à près de 5,1 milliards d’euros (crédits de paiement en 2019) portés par 21 programmes relevant de 13 missions, si l’on s’en tient à l’analyse du Document de politique transversale (DPT) consacré au tourisme pour le projet de loi de finances de l’année dernière. À l’exception du programme 134 de la mission « Économie » et du programme 185 « Diplomatie culturelle et d’influence » de la mission « Action extérieure de l’État » qui, depuis 2015, comprend la subvention pour charges de service public versée à Atout France, aucun programme n’est directement consacré au tourisme, ce qui rend difficile le suivi et l’appréciation globale des efforts publics en la matière. Votre rapporteur regrette qu’aucun programme ne soit consacré au tourisme et identifié comme tel, alors que le secteur représente un enjeu majeur pour notre économie.

Les statistiques disponibles sur le tourisme, par ailleurs, semblent insuffisantes. Entendus par votre rapporteur et à l’instar des autres acteurs du tourisme, les représentants de la direction générale des entreprises (DGE) ont admis « des difficultés à trouver des séries longues dans le domaine statistique et un morcellement des sources – l’INSEE sur une base nationale, les régions, les professionnels produisant des statistiques – sans raccord méthodologique ».

À la faiblesse de ces outils de pilotage statistique et budgétaire, s’ajoute un investissement public insuffisant que votre rapporteur souligne dans la première partie de son étude consacrée à l’analyse des crédits affectés au tourisme dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2020. La partie thématique de ce rapport est d’abord consacrée aux opportunités et conséquences du numérique sur le secteur du tourisme (I). Une attention particulière est ensuite portée aux modalités de calcul de la taxe de séjour, excessivement complexes, que les acteurs du numérique comme les acteurs dits « traditionnels » du tourisme appellent à simplifier (II).

Avis présenté par M. Eric Straumann sur l'action extérieure de l’État en matière de tourisme