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Christian Mantei (Atout France) : "La France s'impose comme une destination de luxe"
 
  
 
  Interview par RelaxNews,
  publié le 4 décembre 2009
  Thématique: Tourisme de luxe
 
 

(Relaxnews) - Cannes accueillera du 7 au 10 décembre prochains l'International Luxury Travel Market (ILTM), le salon du tourisme de luxe. Christian Mantei, directeur général d'Atout France, agence française au service du tourisme présente sur le salon, trace les grandes lignes du secteur. Selon lui, les voyages de luxe ne sont pas réservés qu'aux milliardaires. Une population plus modeste peut s'y intéresser. Il faudra notamment compter sur les marchés émergeants comme l'Inde ou le Brésil.

Relaxnews : Pouvez-vous définir ce qu'est un touriste de luxe ?

Christian Mantei :
Le profil des visiteurs "luxe" a changé ces dernières années. L'arrivée des nouveaux milliardaires, les 100.000 qui, en 2007, ont un patrimoine financier de plus de 30 millions de dollars hors résidence principale, ainsi que les nouveaux riches des pays émergents (10 millions avec un revenu de plus de 1 million de dollars), forment le coeur de cible. Mais il faut aussi compter sur les clientèles plus "modestes" avec un pouvoir d'achat satisfaisant qui s'offrent ponctuellement une nuit dans un hôtel de luxe.

R. : Quels traits communs identifient ces populations ?

C.M. :
Plutôt jeunes, ils ont le goût du beau, des plaisirs, et ont surtout une soif de consommation pour tout ce qu'il y a de mieux et de plus cher. Ces nouveaux milliardaires ont des origines diverses, que ce soit la Chine, l'Inde, le Moyen-Orient, mais aussi le Brésil ou la Russie. Dans tous les cas, habitués au luxe dans leur vie quotidienne, ils vont révolutionner les habitudes des palaces, avec de nouveaux besoins et des comportements qui ne sont plus ceux de leurs aînés.
Si le "touriste de luxe", est difficile à cerner, on peut néanmoins identifier trois grandes familles de clientèles. "La clientèle exclusive" est constituée par les plus riches (aristocratie, sportifs, hauts dirigeants), cette famille fait partie de la galaxie du luxe dite inaccessible ; "la clientèle aisée" est composé de dirigeants, seniors, personnalités du show business, ce segment intègre la sphère du luxe intermédiaire et enfin "la clientèle occasionnelle", formée, elle, par des cadres, des commerçants, ou des personnes de classe moyenne, cette clientèle rejoint la galaxie du luxe dite accessible.

R. : Comment se porte le marché du tourisme de luxe ?

C.M. :
Selon l'étude ILTM de décembre 2007, le voyage de luxe augmente de 10 à 20% par an. Il est estimé à 25 millions d'arrivées annuelles dans le monde, ce qui représente seulement 3% du total des arrivées internationales mais constitue 25% des dépenses du tourisme international soit au moins 180 milliards par an. Le voyageur de luxe dépense en effet 7.200 dollars par voyage alors qu'un touriste de loisir classique en dépense 865.

R. : La crise a-t-elle eu un impact sur le secteur ?

C.M. :
Le voyage de luxe est une niche porteuse et, jusqu'en octobre 2008, malgré un contexte international marqué par l'instabilité politique de certains marchés, par le terrorisme international, par les bouleversements climatiques croissants de la planète (tsunami, cyclone...) et par les problèmes sanitaires récurrents, le secteur du tourisme de luxe affichait un dynamisme de bon aloi. Grâce à un pouvoir d'achat toujours confortable, les clientèles aisées et fortunées faisaient preuve d'une certaine maturité, aidée en cela par leur grande habitude du voyage, qui les rend moins sensibles à tous ces aléas. Force est de constater que ce segment n'est plus épargné par le ralentissement économique. Dans cette conjoncture défavorable, les clients sont attentistes, les prises de commandes sont plus tardives et la sensibilité au prix s'est accrue.
Malgré tout, le secteur du luxe reste encore un des mieux protégés contre la crise. Selon l'Insee, près d'un million de Français disposent d'un revenu par foyer supérieur à 80.000 euros nets d'impôt par an. À cette clientèle s'ajoute de plus en plus de clients aisés qui veulent donner du sens à leur voyage, quitte à faire des économies et ne s'offrir une prestation de luxe que tous les trois ans. Cette clientèle, bien qu'affectée financièrement par la crise, dispose toujours de revenus suffisamment confortables pour s'offrir des prestations de luxe. Ainsi, le voyage de luxe résiste d'une certaine façon à la crise et il s'adapte.

R. : La France est-elle une destination privilégiée par les touristes de luxe ? Si oui, que recherchent-ils en France ?

C.M. :
Aux débuts de l'ère du tourisme, alors que celui-ci ne concernait encore qu'une élite essentiellement aristocratique, la France s'est imposée comme destination privilégiée. Elle possède donc un "historique" dans le coeur de certaines nationalités, à l'image de Nice ou Biarritz pour les Russes. De plus, plusieurs destinations françaises sont considérées comme "incontournables" dans le monde du luxe : Paris, la Côte d'Azur, quelques stations des Alpes.
La France a aussi su développer un concept typiquement français : les palaces, des lieux exceptionnels faisant partie de l'histoire de la destination. L'offre française de restauration de luxe est également une expérience unique. Enfin, si le tourisme de luxe s'est développé en France de manière importante c'est, qu'au-delà des la beauté des sites, au-delà des prestations, il y avait un vrai art de vivre, relayé par de vrais savoir-faire. Le shopping et toutes les marques de luxe françaises sont une raison essentielle d'un voyage en France pour certaines clientèles.

R. : Quels sont les efforts faits en France pour attirer cette population à fort pouvoir d'achat ?

C.M. :
De nombreuses actions de promotions sont menées chaque année par les Représentations d'Atout France dans le monde et en France afin de sensibiliser cette clientèle, au potentiel luxe de la France. A titre d'exemple : la Représentation en Chine a permis à certains professionnels français de participer au mois de juin dernier au salon "ALTM", équivalent de ILTM pour l'Asie, présentant ainsi l'offre luxe française au public chinois. Il existe aussi au Canada un Club de l'Excellence à la française qui réunit les entreprises françaises oeuvrant à la promotion de l'image d'excellence de la France et dont Atout France est partie prenante. Enfin nous éditons et diffusons des brochures luxe à destination des catégories "CSP +++" par huit Représentations Atout France sur leurs marchés (Etats-Unis, Canada, Chine, Russie, France, Suisse, Italie et Pays-Bas).
Côté offres, les palaces se mettent également au goût du jour. Une priorité de ces deux dernières années a été d'intégrer les nouvelles attentes du consommateur en termes de services, de nouvelles technologies, d'espaces et de design, mais également en termes de préoccupations environnementales. Ils ont également pris en compte la nécessité de créer des hôtels de luxe plus contemporains (image dépoussiérée du luxe, appel à des designers, architectes réputés, créateurs haute couture...)

R. : Les clients sont-ils principalement étrangers ou français ?

C.M. :
Selon une enquête Jones Lang LaSalle Hotels de juillet 2008 portant sur les "Palaces parisiens à l'horizon 2015", la clientèle des palaces est majoritairement étrangère à hauteur de 80 à 90% des nuitées. Les nationalités dominantes sont historiquement les Américains, les Britanniques et plus récemment les clientèles du Moyen-Orient. A noter : l'essor des nouveaux consommateurs de luxe venus des pays émergeants. Les Brésiliens et les Russes constituent des clientèles d'emblée en très forte progression dans les Palaces parisiens. L'essor de la clientèle chinoise et indienne devrait quant à elle se matérialiser à plus long terme, sur les 5-10 ans à venir.

R. : Globalement, que recherchent habituellement les touristes de luxe lors de leur séjour ?

C.M. :
Ce que recherchent cette clientèle est avant tout des prestations de service d'une qualité sans faille et assez innovantes pour susciter son intérêt. Par ailleurs, ces prestations doivent être accompagnées d'une anticipation des besoins et désirs du client qui ne doit se soucier de rien. Mais la notion de luxe dans le voyage est une notion relative. En effet, chaque voyageur a sa propre définition de ce que l'on appelle un voyage de luxe et réagit en fonction de son échelle de valeur, de son milieu socioculturel et de ses propres centres d'intérêt.

R. : La recherche de l'expérience exceptionnelle, hors du commun, est donc primordiale ?

C.M. :
Signe des temps, l'hyper luxe est aujourd'hui moins une consommation de marques et de signes qu'une consommation d'expérience, de plaisir. Contre-pied du luxe tapageur, le luxe discret, intime, pour soi est une tendance en phase avec le désir de ressourcement. Ce qui intéresse la clientèle du voyage de luxe est avant tout la recherche de l'unique, du confidentiel, de l'exclusif. Le tourisme devient un moyen de réaliser leurs aspirations à des expériences émotionnelles exceptionnelles. En ce sens, le savoir-faire, notamment développé dans les Palaces, confère à la France une place de choix dans l'univers du luxe.

R. : L'aspect matérialiste, clinquant du tourisme de luxe, a donc disparu ?
C. M. :

Certains marchés, comme les Chinois et les Indiens, sont cependant encore dans une approche plus matérialiste "qu'expérientielle". Le voyage est encore facteur de reconnaissance sociale

R. : Quelles sont les prestations les plus demandées ?

C.M. :
Sur le marché du luxe, Paris présente cette combinaison exceptionnelle d'être une ville de loisirs (shopping, culture, mode, lieux de sortie et autres festivités,...), d'affaires et de convention. Ces fondamentaux assurent une attractivité pérenne pour les clientèles de luxe.
Les activités les plus demandées sont le "Tourisme & shopping" et le "Tourisme & gastronomie". Ce dernier est d'ailleurs un élément culturel majeur et élément d'attractivité au point de pouvoir être le but d'un voyage en France. La restauration de luxe est une expérience à part entière, qui doit réjouir le client sur le plan sensoriel mais également sur le plan rituel de service et de convivialité. Enfin le "Tourisme & bien-être" est demandé par les voyageurs à haut revenu. Sur ce point, Paris et la Côte d'Azur concentrent sans surprise une forte proportion de l'offre, un hôtel sur trois possède un Spa.

R. : Les séjours sont-ils tous organisés ou les touristes peuvent gérer eux même leur voyage ?

C.M. :
Les clientèles aisées ont en général une grande habitude du voyage, le "bouche-à-oreille" sur les "spots" luxe fonctionne généralement. Cependant certaines agences de voyages se sont spécialisées dans le voyage de luxe sur mesure proposant à leurs clients des prestations entièrement privatisées, des endroits hors du commun, des services inattendus, le tout planifié et orchestré à la perfection.

Atout France participera au salon ILTM de Cannes. Un stand France de 200 m² y a été réservé et sera partagé par 50 adhérents du GIE avec 2 destinations particulièrement mises en avant : Tahiti et Courchevel.

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Dernière mise à jour : 4 décembre 2009
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